Primož Jakopin
Richard Forster
La beauté vient de Suisse
 

 


 
Richard à Genève, 2018

 
Qui es-tu, Richard Forster ?
 
          Je suis né le 8 novembre 1940 à Genève et j'habite à Veyrier (canton de Genève, Suisse). Mon père Walter, linotypiste et ma mère Marie née Wohlgemuth sont arrivés à Genève en 1939 du canton de Soleure, également en Suisse. J'ai passé mon enfance à Genève jusqu'en 1952 lorsque mes parents ont déménagé à Carouge. J'ai fréquenté l'école primaire à Genève de 1947 à 1955.
          Après avoir suivi un enseignement préparatoire au Collège Moderne de Genève (Ecole Professionnelle de Genève) en 1955-56, j'ai fait un apprentissage de mécanicien de précision à l'Ecole de Mécanique de Genève de 1956 à 1960. De 1960 à 1965 j'ai suivi ma formation d'ingénieur en mécanique à l'École Technique Supérieure ETS - maintenant Haute école du Paysage, d'Ingénierie et d'Architecture (Hepia). J'ai réalisé mon travail de diplôme portant sur la construction d'une machine-outil et obtenu le titre d'Ingénieur en mécanique. A partir de 1965, j'ai commencé ma vie professionnelle dans différents domaines de l'industrie : développement de construction chimique, vente d'électromécanique et de machines-outils, développement d'armement. En 1981 j'ai commencé à travailler au Département de l'Instruction Publique à Genève, au Centre Technique de Formation Professionnelle en tant qu'enseignant des matières suivantes : dessin technique, mécanique, physique, mathématiques, gestion d'entreprise et organisation industrielle. J'ai pris ma retraite en 2005.


 
Richard comme apprenti mécanicien, 1957, photo de Richard Forster ; publié avec autorisation

 
Comment as-tu découvert la photographie ? Quel était ton premier appareil photo ?
 
          Dès mon plus jeune âge, bébé assis dans ma poussette, j'ai été confronté à la caméra. Ma mère a réussi à en obtenir une à une époque où il n'était pas aussi facile de posséder et d'utiliser un appareil photo qu'aujourd'hui. Influencé par ma mère, je me suis intéressé aux images jusqu'au jour de mes douze ans lorsque j'ai reçu un appareil photo pour mon cadeau d'anniversaire. Il s'agissait d'un appareil photo Kodak Brownie 127, pour des négatifs noir et blanc sur pellicule de 4 cm. Avec cet appareil photo rudimentaire j'ai découvert le monde de la photographie en immortalisant des paysages et mes camarades de classe. Mes premiers appareils plus sophistiqués ont été le Rolleiflex 4x4 (gris) pour la photographie en noir et blanc et le Voigtländer Vito BL pour la photographie en couleur. Sur recommandation de ma mère, je me suis inscrit en 1958 au cours de photographie pour débutants à la Société Genevoise de Photographie (SGP) dont je suis toujours membre actif.


 
Selfie de Richard sur la côte de l'île d'Elbe, 1965, avec une caméra dans un boîtier sous-marin de sa propre fabrication ; publié avec autorisation

 
Comment se fait-il que la photographie t'ait autant submergé ?
 
          Parmi les plaisirs de la photographie, il y a la capacité d'exprimer mes propres idées et sentiments, d'une manière beaucoup plus créative que dans le rôle d'un spectateur occasionnel. C'est encore plus vrai lorsque j'essaie d'exprimer à travers ma photographie le pouvoir de séduction mystérieux et insaisissable dont une femme est capable.
 
Ou, mieux encore, la forme humaine ?
 
          La forme humaine est depuis toujours l'un des sujets les plus fascinants, les plus stimulants et les plus controversés. Depuis l'aube des temps, la femme est la figure allégorique de la grâce, de la beauté, de la sensualité et bien sûr de l'érotisme. Dès les débuts de l'ère photographique, vers 1840, les adeptes de ce nouveau média se mirent à explorer ce thème à l'aide de leurs daguerréotypes et calotypes et en exploitèrent les multiples facettes qui leur offraient des interprétations de style inépuisables.
          De nos jours, à l'époque des top-modèles, cette obsession du corps n'a pas varié, elle est même plus forte. Les hommes et même les femmes éprouvent cette attirance, à la fois fascination pour le sujet, la personnalité de la femme, mais aussi pour la femme en tant qu'objet visuel : c'est là que l'esthétisme rejoint parfois l'érotisme. Moi-même je succombe à ce double attrait qu'exerce la beauté féminine.


 
Ma muse, 1963, photo de Richard Forster; publié avec autorisation

C'est donc ce qui t'a amené à la photographie de nu ?
 
          Un corps féminin est la plus belle expression de la nature que je connaisse et le nu est l'expression ultime de la liberté. J'en tombe amoureux uniquement parce qu'il me déclenche désir et passion, bref une puissante inspiration artistique.
          Une photographie de nu me satisfait si elle plaît aux hommes mais aussi aux femmes. C'est une façon de m'assurer que je respecte leur féminité. Je ne suis pas intéressé par la photographie glamour standard, j'ai une idée plus élevée de la perfection. Ma photographie si spécifique doit plutôt séduire, révéler le corps féminin et le rendre attractif au maximum, tout en évitant la vulgarité. Le corps a de multiples formes harmonieuses. Une seule d'entre-elles peut devenir un régal pour les yeux. Un ventre, un dos, une poitrine, une épaule, des jambes ou de jolies fesses sont autant d'éléments de la sculpture que je choisis d'isoler et de mettre en valeur. Pourtant, si je privilégie le nu, le charme et l'esthétique ne sont certainement pas en reste. Si je devais donner une définition à ces trois genres, je la résumerais personnellement ainsi :

 
Comment trouves-tu tes modèles ?
 
          Je choisis mes modèles au gré des rencontres, des sensations, des parfums du jour et de la vie. Je ne cherche pas des mannequins stéréotypés d’agences, mais des femmes de tous les jours que je considère comme des personnes à part entière et qui deviennent le plus souvent des amies. La preuve ? Je ne les rémunère pas, mais leur offre généreusement et numériquement pour leur collaboration des images du shooting, ce qui vaut, à leurs yeux, tout l’argent du monde. Au fil du temps s’établissent entre elles et moi des liens de complicité qui durent jusqu’au moment où nos chemins se séparent. Mes modèles doivent être à la fois naturels et féminins tout en sachant exprimer un certain érotisme dans leurs attitudes, dans leur regard.
          Tous les détails comptent pour moi et rendent la photographie plus riche ; un joli grain de peau, une belle chevelure et bien sûr un corps harmonieux dans lequel la femme se sent bien. Qu’importe si elle trouve sa poitrine trop lourde ou menue, ses hanches trop larges ou ses cuisses trop fines. En fait pour moi, le plus important c’est qu’elle prenne un réel plaisir à être photographiée en participant à mon travail artistique.
 
Comment prépares-tu un shooting ?
 
          Avant même de photographier une personne, je la rencontre et lui parle pour lui faire comprendre ce que je recherche précisément et je sais très vite si elle a envie d’aller dans mon sens, de collaborer. Dès le départ, les relations doivent être simples et sans équivoques. Avec mon modèle, je recherche avant tout un travail de création artistique. Je désire me servir de son corps pour créer de belles images et le plaisir réciproque sera d’autant plus grand si elle se sent bien dans sa peau. Cependant, poser n’est pas toujours facile. Même si une femme est novice, elle doit le faire consciencieusement et cela nécessite beaucoup de concentration. Je vais l’aider ; il faut qu’elle comprenne mon idée créatrice, qu’elle la suive et lui donne la juste sensation, tout cela dans la grande complicité du moment. En lui indiquant précisément l’attitude ou la pose que je désire, je lui demande un travail physique important. Par conséquent, je cherche à tirer le meilleur parti des cambrures, des mouvements susceptibles de rendre son corps sensuel et de donner la priorité à la beauté, à la sensualité, à l’érotisme. Cette expérience peut être unique et en la dirigeant ainsi je laisse une grande place à l’imagination et l’inspiration du moment. Finalement, elle se grisera de faire de la création avec son corps.


 
Richard et un mannequin sur la plage, 1995, Corse, photo de Richard Forster ; publié avec autorisation

          Après une séance de pose, en contemplant les résultats finaux sur l’écran d’ordinateur ou sur papier, elle sera très agréablement surprise du travail réalisé et toujours fière de son corps et de sa féminité. Chacun se fait une image différente de la beauté. Celle-ci est difficile, car elle est synonyme de jeunesse, de fraîcheur, d’innocence, de spontanéité. Bien sûr, les adolescentes sont évidemment attirantes par leur grâce ingénue alors que les femmes plus âgées sont somptueuses, plus posées.
          Lorsqu’une séance de prises de vues est planifiée, je me prépare psychologiquement, et commence à rassembler les accessoires nécessaires. Si les poses vont se dérouler à l’extérieur, je pars en repérage de lieux pour étudier mes futures compositions et la lumière du moment. A l’intérieur, j’utilise jusqu’à trois ou quatre torches-flashs électroniques, car j’adore autant la multiplication des sources lumineuses que les lumières uniques. Mais je préfère travailler à l’extérieur, car cette situation m’offre de multiples possibilités auxquelles je dois m’adapter. Je choisis les instants du début et de fin de journée essentiellement pour la qualité et la chaleur de la lumière que je capte et guide à l’aide de réflecteurs, ce qui embellit le modèle. Pas d’assistants, de styliste ou de coiffeuse ; je m’occupe personnellement de tout et c’est ce qui rend mon travail passionnant. Chaque nu photographié est aussi un portrait, c’est la raison pour laquelle je m’occupe parfois aussi du make-up de mon modèle.
          Une séance de prises de vues est pour moi plus qu’un agréable passe-temps. C’est un moment privilégié de l’existence où une relation entre deux personnes, avec comme unique témoin, l’appareil photographique, fera apparaître dans une réaction électronique ou chimique une œuvre artistique inédite qui électrisera l’imaginaire du spectateur.
 
Tu as également réalisé des shootings dans des grottes. Comment est-ce arrivé ?
 
          En 1987, lors du vernissage d'une exposition photo de Serge Nazarieff j'ai rencontré Pierre Strinati qui m'a parlé de spéléologie et de ses photos de nu prises dans une grotte. Quelque temps plus tard, j'ai rencontré Gérald Favre, alors responsable technique des Grottes de Vallorbe, à qui j'ai demandé l'autorisation de photographier des modèles nus dans ce milieu souterrain. C'est lui, accompagné d'un autre spéléologue, qui m'a aidé dans les éclairages. Comme je suis toujours à la recherche de nouveaux défis dans ma photographie de nu, j'avais aussi eu envie d'explorer ce thème qui, à ma connaissance, n'avait été réalisé que par Pierre Strinati. A l'époque, le monde souterrain m'était complètement inconnu. J'ai fait trois shootings avec trois modèles différents dans la grotte de Vallorbe : en 2001, 2004 et 2011. Les principales difficultés à surmonter lors de ces travaux étaient l'humidité de 100%, la basse température de 10°C et le positionnement et la gestion des flashs. Il fallait aussi veiller au bien-être des modèles qui, entre les préparatifs des prises de vues, portaient des bottes chauffantes et étaient vêtues d'une combinaison polaire. J'ai fait un autre shooting en 2009 avec un modèle masculin dans une grotte plus petite du massif du Salève, dans la grotte du Seillon.


 
La symphonie des fistuleuses, 2011, photo de Richard Forster ; publié avec autorisation

 
Tu as aussi organisé des expositions. A quelles occasions ?
 
          Depuis des années, j'ai participé à de nombreuses expositions collectives, notamment avec mon club photo. Mais surtout, j'ai organisé des expositions personnelles autour de thèmes différents, toujours dans le domaine de la photographie de nu, sauf une exposition sur les portraits et une autre sur les paysages.
 
Combien d'expositions personnelles as-tu organisées ?
 
          Je vais essayer de résumer toutes les expositions personnelles dont je me souviens et que j'aime bien.
Paysages et Aphrodite (Galerie La Mansarde, Veyrier, novembre 1987) a présenté des photos de nus en synergie avec des paysages.
Corps en liberté (Galerie des Unions Chrétiennes, Genève, novembre 1990) portait sur des photos de nus masculins et féminins.
Rêve entre porte et fenêtre (Galerie Decovision, Grenchen, janvier 1993) s'apparentait à des nus photographiés dans des baies des façades.
Femme (Galerie du Jardin Alpin, Meyrin, novembre 1995) présentait des photos de nus prises en intérieur et en extérieur.
Femmes de lumière (Galerie La Mansarde, Veyrier, mars 1997) montrait des effets de lumière sur des corps de femmes.
Miroir de femmes (Dow Chemical Gallery, Meyrin, janvier 1998) présentait des photos de nus avec des effets miroités.
Portraits d'Américains (Galerie Expo Forum, Genève, février 1998) montrait des portraits d'autochtones de l'Ouest américain.
Filles de la mer (Photo Finish Gallery, Carouge, May 1998) présentait une palette de nus en milieu marin.
Adam (Galerie de l'Horloge TPG, Genève, March 1999) montrait des nus masculins pris dans la nature.
Promenade en Bretagne (Galerie Expo Forum, Genève, septembre 1999) montrait des photos de paysages bretons.
Lumières intérieures (Galerie Racines, Brétigny, mai 2000) présentait des photos de nus en noir et blanc en intérieur.
Encadrements (Galerie Ferme Rosset, Troinex, novembre 2000) montrait des nus vus à travers différents cadres, faisant partie de la composition.
Le miroir complice (Corps et Âme Gallery, Genève, octobre 2002) présentait des photos de nus avec des effets miroités.
Éternel féminin (Galerie de l'Horloge TPG, Genève, novembre 2002) ) présentait des nus en noir et blanc en intérieur et en extérieur.
Sirènes (Galerie Delafontaine, Carouge, avril 2004) montrait des photographies de nus en milieu marin.
Hot nylon (Galerie O Mots Doux, Genève, octobre 2004) portait sur des photos de nus avec des accessoires corporels en nylon.
Graffiti sexy (Galerie Ferme Rosset, Troinex, février 2008) présentait des photos de nus contre des graffiti et des murs tagués.
Roches sensuelles (Galerie La Mansarde, Veyrier, mars 2009) montrait des photos de nus dans des environnements de pierres et de rochers.
Femmes sublimes (Galerie de l'Horloge TPG, Genève, octobre 2010) présentait des nus dans la nature, en intérieur et en studio.
Ondines ( Galerie Le Clin d'oeil, Corsier, octobre 2020) présentait des photos de nus en milieu sous-marin, recueillies sur une dizaine d'années.
 
Quelle exposition a été la plus mémorable ?
 
          Toutes mes expositions ont été suivies par un nombre appréciable de visiteurs. Avec le grand nombre de photos présentées (71 images), l'exposition Sirènes a été l'une de mes préférées car elle montrait mes modèles dans des milieux aquatiques naturels que j'affectionne particulièrement. Il en va de même pour l'exposition Roches sensuelles (68 images) où j'ai présenté mes modèles dans des environnements rocheux. Je dis toujours que la nature est le plus grand studio disponible, celui qui me donne des possibilités infinies de création. J'étais aussi très content de l'exposition Ondines. En plus de dix ans j'avais accumulé un grand nombre d'images sous-marines que je voulais un jour présenter au public. Cela a été rendu possible in-extremis dans une période où l'emprise de la pandémie du Covid-19 s'est un peu relâchée (octobre 2020) mais où le port du masque sanitaire était pourtant toujours de rigueur.
 
Quelles ont été les réactions des gens lors des vernissages ? Qu'est-ce qui a été le plus drôle ou intéressant ?
 
          Lors des vernissages, les visiteurs m'ont bien sûr félicité pour mes travaux mais certains ont été surpris par l'originalité des photos. Mais il faut aussi prendre en compte que la photographie de nu est un domaine particulier qui attire les gens et les fait aussi réagir. Pourtant, je n'ai jamais eu de commentaires de visiteurs qui trouvaient une photo obscène ou offensante. Au contraire, ils appréciaient la façon dont je traitais le sexe opposé : avec amour et affection.
 
As-tu par la suite reçu d'autres échos, oraux, par courrier ou dans la presse ?
 
          Souvent, les gens me demandaient quand j'allais organiser une prochaine exposition de nus. Certains, me rencontrant plus tard, m'ont encore félicité. Des articles de presse sont parus soit avant mes expositions, soit pendant celles-ci mais jamais après.
 
Comment as-tu obtenu la distinction FIAP ?
 
          Au fil des années, j'ai participé à de nombreux concours photo nationaux (Photo Suisse) et internationaux qui étaient reconnus par la FIAP, Fédération Internationale de l'Art Photographique. Une fois un concours terminé, les organisateurs m'envoyaient une carte ou une feuille certifiant ma participation avec les points obtenus par mes images. J'ai des dizaines de ces cartes. Comme j'ai beaucoup participé aux concours Photo Suisse, plusieurs photos ont reçu des mentions "Award Winning" ce qui signifie qu'elles étaient les meilleures de la section "Nu". C'est ainsi que j'ai obtenu plusieurs diplômes, plaques de Bronze et d'Argent. Et comme mes images ont également été acceptées ou primées dans des concours étrangers sous le patronage de la FIAP, l'organisation m'a décerné en avril 1993 le titre AFIAP (Artiste FIAP).
 
Quand as-tu commencé à voyager ?
 
          Mon premier voyage a eu lieu en 1957 lorsque je suis allé avec un ami sur la Côte d'Azur, où j'ai également pris mes premières photos sous-marines. Par la suite, mes destinations étaient multiples : Allemagne, Italie, Moyen-Orient et le reste du monde, jusqu'à aujourd'hui.
          Mes voyages, très nombreux, peuvent être grossièrement classés en trois périodes. La première s'étendait de ma vingtième année jusqu'en 2007, année du décès d'Anne-Marie, mon épouse. La seconde, les années qui ont suivi son décès, jusqu'en 2015, date à laquelle j'ai rencontré ma nouvelle compagne et la troisième dans les années qui ont suivi.
 
Peux-tu nous en dire plus sur tes voyages ?
 
          Après mon séjour estival sur la Côte d'Azur, j'avais une grande envie d'entreprendre de nouveaux voyages, de découvrir de nouveaux horizons, de rencontrer d'autres personnes. Mais voyager à cette époque coûtait cher et c'est pourquoi je travaillais pendant mes vacances scolaires comme pompiste pour gagner un peu d'argent de poche que je mettais régulièrement de côté. Durant l'été 1961, j'ai fait de l'auto-stop, sac au dos, sur les routes d'Allemagne jusqu’à Hambourg. Ce voyage a été si enrichissant que j'ai projeté un nouveau voyage beaucoup plus conséquent pour l'été 1962. Toujours avec mon sac sur les épaules et mon pouce levé vers le ciel, au bord des routes, j'ai traversé l'Italie, l’ex-Yougoslavie, la Turquie, en me dirigeant jusqu'à la frontière syrienne en passant par la région de la Cappadoce. Pour rentrer, j’ai emprunté la route passant par Antalya, Konya et Izmir, puis le même itinéraire, avec cependant une escale prolongée en Italie, sur les plages de l'Adriatique et une visite à Rome. Cette année-là, j'ai également fait la connaissance d'Anne-Marie, ma bien-aimée à qui j'ai transmis ma passion du voyage. C'est ainsi que nous nous sommes lancés, l'année suivante, sur les routes d'Europe jusqu'en Ecosse, toujours sac à dos et pouce levé. Durant l'été 1964, nous sommes partis faire le tour de la Suisse avec nos vélos et la tente de camping afin de visiter l'exposition Expo 64 à Lausanne. Nous nous sommes mariés en 1965 et notre lune de miel nous a emmenés en train jusqu'au Portugal, toujours avec nos sacs à dos et notre tente de camping, jusqu'à l'extrême pointe occidentale du continent à Sagres. C'est sur une plage déserte de l'Algarve que j'ai pris les premières photos de ma muse nue. En campant sur l'île d'Elbe en 1966, j'ai continué à la photographier au bord de la mer. Avec nos jeunes enfants, les fils Gilles (1967) et Luc (1970), nous avons ensuite voyagé pendant des années en France pour passer des vacances en Provence et en Corse. Jusqu'en 2007, année de la mort de ma muse, les destinations que nous avons visitées sans nos enfants étaient la Suisse, la Sicile, Chypre, Venise, Paris et l'Ouest américain en 1994 et 1999.


 
Le plaisir d'un bain dans le désert, Ksar Ghilane, 2006, photo de Richard Forster ; publié avec autorisation

          Après la perte de ma bien-aimée, afin d'écraser ma douleur et de côtoyer d'autres personnes, je me suis évadé seul vers des destinations proches et lointaines. En 2007, c'était la Tunisie. En 2008, je suis allé à Venise, pour photographier son carnaval, en Chine, à Paris, au Kirghizistan et en Egypte. En 2009, j'ai visité le Vietnam, le Kenya, pour un safari photo avec des camarades, puis sur l'île de Lanzarote, pour photographier un modèle. En 2010, c'était le Maroc, encore Paris puis le Japon. En 2011 je suis parti en Inde (Rajasthan) et j’ai redécouvert la Cappadoce et la Corse. En 2012 c’était l’Alsace et ses vignobles puis deux destinations opposées : l’Indochine (Vietnam, Laos, Cambodge) et Cuba. En 2013 j'ai visité l'Islande et me suis rendu au Carnaval de Bâle pour le photographier. En 2014 mes destinations ont été Bruxelles, l'Espagne, le Pérou puis en 2015, le Myanmar, Tokyo et la Bretagne.
          Après avoir fait la connaissance de ma nouvelle compagne, Marie-Louise, à la suite d'une soirée à la Société genevoise de photographie, mes voyages se sont poursuivis avec elle. En 2016, nous sommes allés à Paris, en Thaïlande et en Jordanie, en 2017 retour en Corse, en 2018 à Berlin, en Afrique du Sud, en Chine et au Tibet. En 2019, c'était l'Inde du Sud et la Colombie et en 2020-21, comme on peut l'imaginer, nous sommes restés en Suisse où nous avons découvert des lieux fantastiques.
 
Comment ont été organisés tes déplacements ? Était-ce avec une agence de voyage ou seul ?
 
          Mes déplacements proches étaient souvent organisés à l'instigation d'amis ou après consultation d'internet, alors que pour les déplacements lointains, j'utilisais les services d'une agence de voyages. Ma mascotte Lapinou m'accompagnait la plupart du temps. Je n'ai jamais fait de croisières en mer qui, à mon goût, seraient certainement ennuyeuses. Les découvertes de nouvelles terres et les rencontres inattendues des indigènes ont certainement rendu mes voyages passionnants et ont pleinement satisfait ma curiosité de photographe.
 
Quel est l'endroit préféré où tu aimerais bien revenir ?
 
          L'endroit où je retournerais sans hésiter est Delicate Arch dans l'Utah, dans l'ouest américain. Je l'ai visité deux fois avec ma muse, en 1994 et en 1999, pour la photographier dans ces somptueux décors naturels.


 
À l'Arche délicate, 1994, photo de Richard Forster ; publié avec autorisation

Quelle a été ta pire et meilleure expérience de voyage ?
 
          Je ne peux pas dire que j'ai eu de bonnes ou de mauvaises expériences au cours de mes nombreux voyages. Chaque voyage avait ses particularités vécues pleinement avec la complicité de Lapinou. Par exemple, j'ai eu des contacts très chaleureux avec les habitants de Cuba alors qu'ils étaient beaucoup plus difficiles avec certains de l'Afrique du Nord qui refusaient systématiquement d'être photographiés ou qui mendiaient carrément de l'argent.
 
Qui est Lapinou ?
 
          Lapinou est ma mascotte qui m'a été fabriquée et offerte par ma femme juste avant son décès en 2007. En souvenir d'elle, elle m'accompagne la plupart du temps aux quatre coins du monde et me permet d'entrer facilement en contact avec les autochtones que je rencontre.


 
Lapinou sous la neige, février 2013, photo de Richard Forster ; publié avec autorisation

Les portraits représentent-ils la meilleure partie de tes photographies de voyage ?
 
          Lorsque je voyage, j'aime par-dessus tout, rencontrer les autochtones, jeunes, vieux, hommes ou femmes. Dans ma démarche, Lapinou m'aide beaucoup car les gens sont intrigués par sa présence et se rapprochent de lui par curiosité. Il me permet donc d'entrer facilement en contact avec eux. Un échange de sourire et la glace est vite rompue avec quelques mots gentils, même si on ne se comprend pas. Ma photographie de portrait devient alors très facile une fois la confiance obtenue. Les portraits sont donc la meilleure partie de ma collection de photos de voyage bien que j'apprécie aussi beaucoup mes photos de paysages et de reportages.
 
Qu'est-ce qui t'a le plus marqué lors de la prise de vue de portraits ?
 
          Dans mes voyages, j'ai souvent été frappé par la grande gentillesse des personnes que j'ai approchées et leur complicité lorsque j'ai cadré leurs visages dans mon viseur. Les seules fois où j'ai rencontré de l'hostilité, c'était lors de mes voyages dans les pays du Maghreb déjà mentionnés, mais cela ne m'a pas empêché de ramener à la maison de beaux portraits.
 
Combien de portraits as-tu dans ta collection ?
 
          J'ai d'innombrables photos de portraits. Je sais que j'en ai déjà placées plus de 2000 dans 24 collections sur mon site aphroditephoto.net (depuis 2007) et j'espère en ajouter bien d'autres.

       
 
Une petite fille à Kyoto, 2010, et un vieil homme à Agra, 2011 ; photos de Richard Forster; publié avec autorisation

Et combien d'expositions de portraits ?
 
          Pas autant que je devrais. En fait, je n'ai organisé qu'une seule de ces expositions, des portraits d'Américains que j'ai réalisés après mon voyage dans l'ouest des États-Unis.
 
Sur ton site aphroditephoto.net tu n'as jamais changé la photo titre. Pourquoi ?
 
          L'image de cette jeune femme allongée sur le rocher blanc est là depuis la création de mon site et a une grande valeur sentimentale. Ce modèle, Barbarella, que l'on peut admirer sur plusieurs de mes diaporamas YouTube, est une personne fantastique avec qui j'ai eu une relation de grande confiance dans les années 2004-05. Avec elle, j'ai pu explorer tous les domaines de la photographie de nu et en remerciement pour son grand engagement je lui ai assuré que je placerai sa photo en première page sur mon site personnel.
 
Que peux-tu dire sur les affaires de cœur ?
 
          Il y a quelques années, une nouvelle dame est entrée dans ma vie. Elle partage mes voyages et s'implique dans mon art photographique.
 
As-tu un conseil pour les débutants en photo de nu ?

 
A la fin, deux questions un peu différentes. Ta musique préférée ?
 
          Quand j'avais 16-17 ans, le rock'n roll était très populaire auprès des jeunes. Je faisais partie d'un groupe de danseurs et nous nous produisions dans les dancings au son, entre autres, de la musique de Bill Haley et de ses Comets, avec son tube : "Rock Around The Clock".
 
Et ta couleur préférée ?
 
          C'est le rouge! C'était la première couleur que l'homme maîtrisait et qui incarne la force et le pouvoir. Mais pour moi, elle incarne plutôt le bonheur, la beauté, la passion et le plaisir. Souvent je l'entremêle dans mes compositions artistiques.


 


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Cette page et texte par Primož Jakopin. Envoyez vos demandes et vos commentaires à primoz jakopin guest arnes si (insérez des points et arobase aux endroits appropriés). La page a été initiée le 31 octobre 2021. Version française par Primož Jakopin, revue et corrigée par Richard Forster. Dernière correction : 14 février 2022.

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